Comment animer un jeu Ğeconomicus ? Retour d’expérience

Cet article est un retour d’expérience sur l’animation d’un jeu Ğeconomicus, ayant eu lieu le 15 octobre 2017 dans l’Orne. Il est destiner aux futurs animateurs du jeu, pour les aider et éviter certains écueils.

Si vous n’êtes pas animateur en herbe, un autre article présente un retour (plus accessible) sur cette journée : voir l’article >>

Présentation du jeu

Voici le texte de la présentation faite aux joueurs :

« Ce jeu vise à comparer une économie en monnaie euro et une économie en monnaie  libre, pendant 80 ans, c’est-à-dire pendant la durée de vie moyenne d’un être humain, en France.

Le jeu se déroule sur 10 tours. Chaque tour dure 3′, donc en 3′, vous vivez 8 ans.

Vous « entrez » dans le jeu à des âges différents ; chacun d’entre vous représente des tranches d’âge différents : par exemple, toi, Isabelle, tu représentes tous les enfants de 8 ans, toi, Chris, tu représentes tous les  jeunes de 16 ans, etc. Et toi, Vincent, tu représentes toutes les personnes âgées de 80 ans, tu vas donc mourir à la fin du tour, puis tu renaîtras au tour suivant.

Ce jeu représente la société humaine, avec ses morts et ses naissances.

Il y a toujours des êtres humains qui constituent cette société, mais ce ne sont pas les mêmes êtres humains.

L’image de cette société est comme celle d’une cascade : on a l’impression de voir toujours la même cascade, mais… ce ne sont pas les mêmes gouttes d’eau.

Le jeu consiste à constituer des carrés, c’est-à-dire à réunir 4 cartes identiques. On commence par la pioche de cartes rouges. Sur la face cachée des cartes, il y a des lettres A,B,C, etc. Vous allez acheter ou vendre des cartes rouges au moyen de pièces de monnaie afin de réunir, par exemple, 4 A rouges.

Les cartes symbolisent des valeurs économiques.

Imaginez que vous voulez construire une maison. Vous devez trouver, puis acheter, 4 murs identiques, les 4 A rouges. Lorsque vous avez réuni les 4 murs, vous avez construit une maison. Pour symboliser cette nouvelle valeur économique, vous prendrez une carte jaune.

Vous constituez donc d’abord des carrés rouges. Dès que vous avez un carré rouge, vous le reposez sur la pioche rouge et vous mélangez les cartes, puis vous prenez 1 carte jaune ET 4 cartes rouges. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que vous puissiez faire des carrés jaunes, puis verts.

Pour acheter des cartes, vous avez besoin de monnaie. »

1ère partie en monnaie dette

Texte expliquant la 1ère partie :

« La 1ère partie du jeu, ce matin, se passe en monnaie »euro », appelée aussi monnaie-dette.

Au début du jeu, vous piocherez dans un sac un morceau de papier sur lequel sera inscrit le nombre de pièces que la banque vous donnera.

Dans la vie réelle, la monnaie est inégalement répartie. Ici, dans ce jeu, c’est le hasard qui décidera qui est riche, qui est pauvre.

Si vous n’avez plus de monnaie, que pouvez-vous faire? Emprunter à la banque, elle est là pour vous aider.

Certains joueurs sont très réticents à emprunter. Lorsqu’ils n’ont plus de monnaie, ils préfèrent troquer. Il est très facile et tentant de faire des échanges de cartes : tu me donnes ton A, je te donnes mon B.

En faisant du troc de cartes, vous ne simulez pas la réalité. Vous oubliez que vous représentez un groupe d’individus qui doit manger, se vêtir, se déplacer, se loger… pendant 8 ans. Or est-il possible de vivre exclusivement de troc pendant 8 ans ?

D’autre part, si vous voulez voir les effets réels d’une économie en euros, il ne faut pas avoir recours au troc.

Il est possible de faire ce jeu sans monnaie, mais c’est un autre jeu.

Dans ce jeu « euro », pour avoir de la monnaie, on vend ou on va à la banque.

Toutes les pièces valent 1. Pour acheter 1 carte rouge (carte basse CB), il faut 2 pièces.

1 carte rouge vaut donc 2.

1 carte jaune (carte moyenne CM) vaut  4 ; 1 carte verte (carte haute CH) vaut 8.

Les valeurs des cartes sont inscrites sur le mur et sur la table.

On va commencer. Vous piochez des papiers. Vous prenez 4 cartes rouges. Grégoire donne le signal du début et de la fin du tour. Quand les 3′ sont écoulées, vous allez vous asseoir. Grégoire et Yanick appellent ceux qui meurent. »

Quelques photos !

14 joueurs et 6 animateurs ont participé. Nous avons  constitué des binômes, pour respecter l’agenda de chacun.

Béatrice et Stéphane, dans le rôle des banquiers.
Grégoire et Yanick, au tableur des morts et des naissances.

 

 

 

On attend que la banque soit opérationnelle…
…et c’est parti pour les échanges !

 

 

 

Ça marchande sévère !

Plus de photos sont visibles dans cet autre article >>

Entre-deux tours

Explication de l’entre-deux tours :

« A la fin de chaque tour, il faut passer à la banque, payer les intérêts, ou le capital emprunté + les intérêts.

La banque prête  3 pièces (= capital emprunté, dans le tableau « saisie de la banque »), et demande le paiement d’un intérêt de 1 pièce à la fin de chaque tour, jusqu’au tour où le joueur rembourse son capital (= Rbt capital  (+ l’intérêt).

Rapidement, il y a « assèchement monétaire » : les joueurs n’ont plus de monnaie.

Au 5ème tour, la banque décide d’accorder des prêts cumulés (plusieurs prêts au même joueur ), même s’il n’a pas remboursé son premier prêt.

Certains joueurs font 2 emprunts. Un joueur contracte 3 emprunts (et ne pourra pas rembourser la banque).

Si les joueurs ne peuvent pas payer en pièces, la banque saisit tout ou partie de leurs biens : elle prend des cartes pour une valeur double de ce qui est dû + des cartes pour les frais.

La banque ne veut pas prendre de risques ; elle n’est pas certaine de revendre ses biens à la       valeur d’achat.

La banque va effectivement revendre ces cartes, au cours du jeu, en baissant le prix, car il n’y a plus assez de cartes dans la pioche. Dans la vie réelle, le cours des biens immobiliers par exemple, fluctue de cette manière.

Lorsqu’un joueur est déclaré « mort », il doit d’abord passer rembourser… et arrive fort dépourvu devant Yanick et Grégoire, chargés de noter ses avoirs restants.
De la même manière, à la fin du jeu, chaque joueur doit d’abord payer ses dettes, s’il en a, à la banque : intérêts, frais et capital emprunté, puis il dit aux animateurs des tableaux morts-naissances combien il lui reste. Yanick et Grégoire ne collectent que 2 pièces.

Un joueur, très bon client de la banque ???… a un solde négatif. »

2ème partie : la monnaie libre

Présentation

Texte expliquant la secondes partie :

« L’unité de base est le DU : dividende universel. Nous avons affiché les valeurs de la monnaie et des cartes en DU.

De plus, nous allons introduire, dans cette partie, une notion que nous avons volontairement oubliée dans la partie en euros. En effet, la valeur de la monnaie change au cours du temps ; le prix d’une baguette de pain n’est pas le même aujourd’hui qu’il y a 8 ans, et qu’il sera dans 8 ans.

Donc, nous allons faire changer la valeur de la monnaie.

Nous allons utiliser 4 couleurs de billets : billets rouges, jaunes, verts, bleus. »

A ce moment, l’animatrice (moi, en l’occurrence), a repris ses vieilles habitudes, et a utilisé les billets, au lieu des pièces. J’espère que Stéphane me pardonnera. Un joueur a d’ailleurs dit que manipuler les pièces lui paraissait plus facile…

« Au 1er tour,

les billets rouges valent 1DU, les jaunes 2DU, les verts 4DU, les bleus 8DU.

(billet rouge : valeur basse ; billet jaune : valeur moyenne ; billet vert : valeur haute ; billet bleu : valeur en attente).

Les cartes rouges valent 3DU, les jaunes 6DU, les vertes 12DU, les bleues 24DU.

cartes rouges = cartes basses : CB                                     cartes jaunes = cartes  moyennes : CM

cartes vertes = cartes hautes : CH                                       cartes bleues = cartes en attente

Pour acheter 1 CB, il faut 1 billet rouge et 1 billet jaune.

Avant de démarrer le 1ier tour, nous vous distribuons votre DU ; en monnaie libre, chacun crée tous les jours son DU.

Vous démarrez le 1er tour avec 7DU, soit 1 billet rouge + 1 jaune + 1 vert (1+2+4=7).

(1DU/ an ; dans la monnaie « réelle », c’est 1DU/jour).

A la fin du 1er tour (vous vous asseyez), les valeurs des billets vont changer. Les rouges n’ont pratiquement plus de valeur, ils vont disparaître de la circulation.

Et vous allez toucher votre nouveau DU, le billet bleu qui est en attente et qui vaut 8DU.

Pour retrouver les 7DU de départ (et pour éliminer les billets rouges), chaque joueur va rendre 1DU, soit 1 billet rouge.

En pratique, l’animateur distribue 1 billet bleu à chacun, et chacun lui rend 1 billet rouge.

S’il reste d’autres billets rouges dans les mains des joueurs, ceux qui en ont 2, les échangent contre 1 jaune ; ceux qui n’en n’ont qu’1 le perdent.

Une fois terminés la distribution des DU et les échanges de billets, on fait « tourner » les billets : les rouges passent en attente, les jaunes deviennent la nouvelle valeur basse, les verts, la valeur moyenne, les bleus la valeur haute.

On procède ainsi à la fin de chaque tour.

Un des buts du jeu est aussi de montrer que les joueurs, en monnaie libre, n’ont  besoin de personne pour jouer. Vous pourrez distribuer, à tour de rôle les DU, faire les échanges de billets, et faire tourner les billets, tout seul.

En monnaie libre, nous n’avons pas besoin de banque, ni d’autorité au dessus de nous ; il n’y a pas de centralisation. Nous sommes tous une mini-banque. Nous créons tous une petite part de monnaie, le DU. Le DU est un pourcentage, relatif à la quantité totale de monnaie, et relatif au nombre de personnes inscrites à la monnaie. Comme c’est un pourcentage, il ne varie pas, quel que soit l’endroit, quelle que soit l’époque.

(On dit qu’il respecte une symétrie spatio-temporelle : une symétrie dans l’espace et dans le temps, car il prend en compte les générations qui se succèdent et permet de ne pas défavoriser quiconque, où qu’il naisse et à quelle date il naisse). »

Quelques photos !

 

 

Stéphane distribue les DU…

 

 

 

 

Les échanges en monnaie libre.

 

 

10 tours en 3′ chacun. Le jeu s’est terminé à 15h30 .

Relecture à froid, sur le déroulement du jeu

Pour voir les résultats et les réactions des joueurs, voir cet autre article >>

Quelques jours plus tard, nous avons fait le bilan sur les difficultés rencontrées et les améliorations à apporter.

– Commencer le jeu le matin permet le moment convivial du repas et  de finir plus tôt l’après midi.

  • On pourrait faire un jeu avec 5 tours et des tours de 5′, un après midi.
  • A) Pour la partie monnaie-dette:

1) Il faut bien 1 animateur pour 10 joueurs à la banque, plus un 2ème qui vend les cartes.

2) Pour le tirage au sort des papiers où est inscrit le nombre de pièces données aux joueurs, écrire des nombres de 2 à 10 : l’ économie est déjà monétisée et il y a des personnes très riches.

Écrire combien de pièces a chaque joueur en démarrant le jeu, et combien il lui reste à la fin de la partie afin de comparer et de restituer ces données aux joueurs (la vie serait-elle plus facile quand on naît riche ?).

3) Noter combien de joueurs ont emprunté et combien n’ont pas emprunté ; quelles incidences cela a eu sur leurs scores en fin de partie.

En général, les joueurs qui n’empruntent pas sont assez satisfaits d’eux-mêmes, mais se rendent-ils compte que si les autres n’empruntaient pas, le jeu serait bloqué ?

4) Nous n’avons pas suffisamment bien préparé la restitution des résultats. 

5) Faut-il que la banque prête  3 ou 5 pièces, pour un intérêt de 1 ?

7) Si la banque fait des prêts cumulés, quels risques prend-elle ? Si un joueur a un solde négatif, la banque risque-t-elle de faire faillite?

8) Pour les gains de la banque, nous n’avons pas tenu compte de la vente des cartes.

 

  • B) pour la monnaie libre, il est écrit sur le site:

billet rouge = 0,5DU      billet jaune = 1DU        billet vert = 2DU      billet bleu = 4DU

On distribue 2 billets de chaque couleur au début du 1er tour = 7DU ; 2 billets bleus à la fin du 1er tour = 8DU ; « chaque joueur rend 1 unité en billet bas ».

ne pratique, selon mes calculs, chaque joueur rendant 2 rouges, il a bien 8DU-1DU=7DU dans la main ; si des joueurs ont encore des billets rouges :

  • 1 joueur a 1 billet rouge : il le perd = il perd 0,5DU ; il lui reste (7DU-0,5DU)= 6,5DU.
  • 1 joueur a 2 billets rouges : l’animateur lui échange contre 1 billet jaune

Dans notre jeu, nous avons multiplié les valeurs des billets par 2, ce qui entraîne que le joueur qui perd 1 billet rouge, perd 1DU, et non pas 0,5DU. Quelle incidence cela a-t-il ?

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